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Une école oubliée…

Extrait du Forestum nº78 - Cas d'écoles

Avant la création de l’école construite en 1871 sur la pâture communale (celle de l’illustration, dite « den Driesch » et actuelle Place Saint-Denis), une première école forestoise fut implantée en 1828 le long de la chaussée de Bruxelles, au coin de la Schoolstraat (actuelle rue de Barcelone). Elle deviendra l’ancienne maison communale de Forest.

C’est que, durant le XIXᶱ siècle, Forest a connu de grands bouleversements et plus particulièrement un nombre d’habitants qui a explosé. Stimulés par la politique du roi Guillaume Ier des Pays-Bas, très féru d’enseignement populaire, le Conseil communal forestois n’avait eu de cesse de promouvoir l’école et de recruter des instituteurs. L’idée était sans doute bonne mais cela ne devait pas aller sans peine eu égard au manque d’argent pour payer et loger les enseignants ainsi que d’avoir des locaux adéquats. 

Basé sur la réalité des faits, voici un texte imaginé par l’une de nos administratrices et qui relate les difficultés d’un enseignant faisant face à une centaine d’enfants dans un seul local (les noms cités sont ceux de personnes qui ont réellement existé). 

1861. Je suis Paul Smets et vous ne me connaissez pas. Je suis l’instituteur de l’Ecole Communale de Forest, cette école construite dans la Schoolstraetje. Je n’en peux plus. Tous mes collègues se sont écroulés à la tâche, et là je les comprends : mal payé, mal logé, épuisé, on me reprochera d’utiliser la chicote : il paraît que cette grosse centaine de gamins et gamines qui ne songent qu’à marauder et courir les champs devront savoir lire et écrire en sortant d’ici à 12 ans. C’est le Gouverneur de la Province de Brabant qui l’a dit.
Ce qu’il ignore, c’est que je suis seul, dans une seule classe, que le poêle crache sa suie en hiver, et qu’au moins 94 des enfants viennent ici juste pour se chauffer.
1865. Ils sont 140. Et les familles ne cessent d’affluer. Des familles de misère surtout.
1866. Ils m’ont mis un jeune « pour m’aider », Pierre Emelinckx. C’est encore pire, nous sommes deux à crier dans le même local. Il démissionnera à l’été et je ferais bien pareil. C’est un dénommé Edmond qui le remplace.
1867 : 210 élèves, 158 indigents parmi eux. Et les indigents, ça paie peu. Ce que j’ignore, c’est que ce chiffre va encore monter.
1869. Edmond est mort. Ils ont ouvert une petite classe dans la maison à Cambier, de l’autre côté de la chaussée de Bruxelles. Rafistolage que tout cela ! Quand m’entendront-ils à la Commune ?

1870. Ca y est. Le conseil communal propose la construction d’une nouvelle école sur le Dries, le pré communal. Rien que pour les garçons, d’ailleurs ! Les filles resteront à la Schoolstraetje. Pourvu que je voie ça avant ma mort… Chez les filles, ils ont trouvé une demoiselle Philomène pour faire classe. Elle a 33 ans, je la plains. C’est elle qui prendra mon logement à la Schoolstraetje. Ça me fait tout drôle.
1874. Je ne verrai jamais la nouvelle école, j’ai demandé ma mutation. Dans un bureau. Tout seul. A la capitale. Treize ans, c’est treize de trop.

Vous voulez connaître la suite de cette école « sur le Driesch » ? Lire d’autres articles du Forestum 78 (janvier-avril 2026) sur d’anciennes écoles forestoises disparues ? Demandez le numéro et/ou devenez membre du CHPF, notre revue arrivera dans votre boîte aux lettres (info@histoiredeforest.be).  

Françoise Debatty
February 2026

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