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L’église Saint-Augustin a bien failli disparaître sous les pioches des Vandales ...

Extrait du Forestum nº79 - Quand les citoyen·nes

L’église Saint-Augustin, construite sur la place de l’Altitude Cent à Forest constitue à bien des égards un symbole en Région de Bruxelles-Capitale.

Face au développement rapide de ce faubourg de la ville de Bruxelles, un projet de construction d’une église en style néo-roman y vit le jour dès 1908. Les travaux préliminaires débutèrent en 1914 mais ... la première guerre mondiale et la volonté de l’occupant vinrent les interrompre, et ce n’est qu’au début des années 1930 qu’après la multiplication de projets divers, la reprise effective des travaux revint à l’ordre du jour.

Construite à base de béton armé à partir de 1933, dans le style Art Déco - Moderniste, selon les plans et sous la direction des architectes belges Léon Guiamotte et André Watteyne, il est de coutume de la considérer comme le point culminant de Bruxelles, ce qui est d’ailleurs contesté (1) ! Il importe de souligner qu’à l’époque, le recours au béton armé s’avérait audacieux car celui-ci n’avait pas encore fait toutes ses preuves et relevait donc d’un véritable défi ! L’avenir allait d’ailleurs le prouver ...

Consacrée le 25 mars 1935 par le cardinal Van Roey, les parachèvements de l’église vont s’étendre jusqu’en 1950. Le béton utilisé s’étant avéré de piètre qualité, de même que le cimentage extérieur de l’édifice, ceux-ci ont commencé à se désagréger dès les années 1960 ! C’est alors que son statut de monument du patrimoine architectural bruxellois, les qualités esthétiques et architecturales de l’édifice, la pratique du culte catholique en déclin et bien d’autres facteurs en vinrent à susciter d’âpres débats ... ainsi qu’en témoigne un récent ouvrage de Vincent Carton (2).

Cet auteur souligne que l’église a bien failli faire place à une tour de logements et un supermarché ou une station de métro monumentale ... ! Il rappelle que la Fabrique d’église de Saint-Augustin ainsi que la Commune de Forest, à l’époque, figuraient résolument dans le camp des “pro-démolition” ! La Commission royale des Monuments et des Sites, saisie en octobre 1966 par le Baron Pierre Wigny, Ministre de la Culture française, lequel avait lui-même été alerté par les architectes Guiannotte et Watteyne, allait finalement obtenir, après une vingtaine d’années, le classement de l’édifice.

Il importe de relever, en l’occurrence, ainsi que le relate Vincent Carton, que la victoire des tenants de la restauration de l’église Saint-Augustin n’a pas été due, comme souvent, à la mobilisation des comités d’habitants, mais bien davantage par l’évolution du rapport de forces entre les diverses institutions concernées ! Entre un projet immobilier lucratif en lieu et place de l’église, d’une part, et la très onéreuse rénovation voire reconstruction de l’édifice religieux, d’autre part, le fléau de la balance risquait de pencher du premier côté ...

En 1975, le bourgmestre de Forest, Jacques Lepaffe, a proposé d’organiser un référendum sur l’avenir de l’église Saint-Augustin. Se pose alors, d’emblée, la question du périmètre d’une telle consultation populaire. Doit-elle ne concerner que les paroissien-ne-s de Saint-Augustin, ou également les habitant-e-s de Forest, voire l’ensemble de l’Agglomération de Bruxelles ? Elle n’aura finalement pas lieu, et les divergences d’opinions ont continué à se cristalliser entre les partisans, respectivement, de la rénovation de l’église, de sa démolition en vue d’y reconstruire un nouvel édifice religieux, ou encore d’y bâtir un immeuble de logements, ou encore de créer une zone verte sur le site ...

Le dossier allait ensuite rebondir, en 1985, lorsque fut envisagé le prolongement du métro sous l’Altitude Cent, impliquant, selon d’aucuns, l’expropriation et la démolition de l’église Saint-Augustin. Certains émettent alors l’idée que le passage du métro sous l’église n’exigerait pas forcément la démolition de celle-ci. Le classement de l’édifice, qui interviendra par arrêté royal du 08 août 1988, ne suffira pas à faire taire les tenants de sa démolition, en tête desquels figurait la Commune de Forest. Outre le « déclassement » de l’église, envisagé par certains acteurs institutionnels, le débat sur la prise en charge des coûts considérables à prévoir pour son éventuelle rénovation fut particulièrement agité.

En 1992, après une interpellation au Conseil communal de Forest d’une certaine AR (actuelle présidente de notre Cercle), la mission de restauration de l’édifice fut attribuée à l’architecte Francis Marlière. Deux ans plus tard, un accord allait être trouvé entre le Ministère des affaires bruxelloises, la province de Brabant, et le binôme constitué par la Commune de Forest et la Fabrique d’église de Saint-Augustin.

Les travaux de rénovation effectués en 1996-1997 allaient permettre la réouverture de Saint-Augustin le 17 décembre 1997, mais aujourd’hui, près de trente ans plus tard, l’église commence déjà à présenter de nouveaux outrages du temps, et gageons qu’un consensus pourra, cette fois-ci, être trouvé pour sauver Saint-Augustin, nonobstant la période de vaches maigres budgétaires dans laquelle nous évoluons actuellement !

Est-ce véritablement un hasard si l’église Saint-Augustin de Forest survit si difficilement ?

Pas vraiment lorsque l’on sait que son saint patron, quant à lui, mourut en 430, durant le siège de la ville d’Hippone (Algérie) par Genséric, roi des ... Vandales (3) ?

Pour en savoir plus :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/eglise_Saint-Augustin_(Forest) – le point culminant se trouve à 124 mètres à Uccle

(2) Vincent Carton, Victoires urbaines, Le jour se lèvera ici, Editions CFC-ARAU 2025 pages 231 à 234

(3) Les Vandales : populations germaniques qui émigrèrent de Pologne vers la péninsule Ibérique et l’Afrique du Nord. Considérés comme de grands destructeurs, leur nom a donné naissance au terme « vandalisme ». De nos jours, les vandales commettent des actes de malveillance purement gratuits.

Olivier Gernay
July 2026

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