Le triton, petite salamandre du Parc des Trois Fontaines
Extrait du Forestum nº77 - Nom de la parution
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Le triton est un batracien comme la grenouille, le crapaud ou la salamandre. On les appelle aussi amphibiens : ils ont deux vies, l’une aquatique en tant que larve ou têtard et l’autre terrestre comme juvénile ou adulte. Vous aurez compris qu’ils vivent près de l’eau (étang, marre, flaque d’eau …) et donc qu’à Forest, on les trouve particulièrement au Marais Wiels et au Bempt. Ce dernier, situé dans la vallée alluviale de la Senne était, jusqu’à la fin du 19ᶱ siècle, un ensemble de terres agricoles régulièrement inondées par les crues de la rivière et de ses affluents, le Geleytsbeek et le Zandbeek. Ce n’est donc pas étonnant que malgré le développement urbain incessant, des générations entières de batraciens aient réussi à s’y maintenir.
Le Parc des Trois Fontaines est l’ancien jardin de la villa construite en bordure du Bempt (323 chaussée de Neerstalle) début 19ᶱ, que l’on appelle aussi « Villa Michiels ». Espace de presqu’un hectare, il a été créé dans le style des jardins paysagers de l’époque, ses vastes pelouses agrémentées de pièces d’eau plus ou moins grandes, mettent en valeur des arbres remarquables indigènes ou exotiques et ménagent des points de vue vers le lointain. La villa et son parc sont classés par les Monuments et Sites (17/09/1992 le parc forestier et 15/02/1996 la maison).

Depuis 2008, la Commune de Forest, propriétaire des lieux, a proposé que le parc soit intégré au Réseau Nature, porté par Natagora (association de protection de la nature) ; c’est un projet qui vise à connecter les espaces verts, publics et privés, pour favoriser la biodiversité. L’idée est d’adopter des méthodes d’entretien et que les entreprises ou les personnes qui ont un jardin, découvrent la richesse et le plaisir de ce projet.
Revenons à notre triton : c’est un petit batracien très discret et c’est sans doute la raison pour laquelle il est si méconnu au point qu’il ne figure même pas dans les légendes terrifiantes sur les grenouilles et les crapauds. Il est par contre bien au menu des scientifiques actuels qui se penchent sur son stade larvaire et sa métamorphose.
Les tritons ressemblent aux lézards : ils ont une queue mais leur peau n’est pas couverte d’écailles, leur peau est nue, tout au plus parsemée de glandes granuleuses et couverte d’un léger mucus. En Belgique, on compte cinq espèces de tritons et seulement trois en Région bruxelloise : le triton alpestre le plus commun, le triton ponctué et le triton palmé.
Le triton alpestre, le plus grand des trois, est plus facile à reconnaître : il mesure entre 7 et 10 cm, sa femelle est un peu plus grande. Ils sont vivement colorés, le mâle dos bleu et ventre orange vif et la femelle même couleur du ventre et le dos plus foncé. En période de reproduction le mâle présente une crête dorsale basse à bord droit, jaunâtre et noire.

Les deux autres sont plus petits, 7 à 9 cm pour le ponctué, 5 à 9 cm pour le palmé. Il est difficile de les distinguer si ce n’est par leurs caractères sexuels secondaires : le ponctué a une crête dorsale élevée à bord festonné, des palmures aux pattes arrières en forme de lobes ; le palmé a une crête très basse (moins d’un millimètre!), des palmures complètes et noirâtres aux orteils ainsi qu’un long filament caudal (+/- 1cm).

D’après les recensements en région bruxelloise le ponctué serait plus abondant que le palmé mais celui-ci est plus forestier et peut se développer dans les ornières et les fossés inondés seulement temporairement. Pour se reproduire, tous devront, après une belle parade, rejoindre la marre. Le juvénile (imago) lorsqu’il quittera la marre devra se blottir sous les pierres pour se protéger de la sécheresse : période critique qui limite ses chances de survie. Adulte, passant la majeure partie de sa vie au repos, il ne se déplace pas facilement au sol. Il est actif la nuit ou au crépuscule si le temps est chaud et humide. Il se nourrit de lombrics, de chenilles et autres invertébrés.
Et les prédateurs ? Les larves comme les adultes en ont de nombreux : insectes aquatiques, larves de libellules, hérons, canards col vert, poules d’eau, foulques macroule. Heureusement la nourriture des tritons est assez abondante dans les pièces d’eau surtout bactéries, algues, larves d’insectes, œufs et têtards d’autres batraciens, etc. Munis de jumelles ou de torches, vous pouvez le voir en janvier-février, en début de soirée, lors de la migration vers les mares et entre mars et mai dans les pièces d’eau.
Pour ma part, je les ai surtout découverts et identifiés lors d’un fauchage tardif en été, quand l’herbe trop haute a été couchée par des piétinements de chiens ou de promeneurs et ne peut plus être fauchée qu’avec une faucille. Alors sur le sol au niveau du micro relief entre les menus débris végétaux, guère plus petits que les tritons eux-mêmes, il est possible d’en voir immobiles, solitaires ou exceptionnellement à deux.
Le mot de la Rédaction : l’auteur de cet article est aussi discret que notre triton et ne vous dira donc pas que c’est lui qui gère et chouchoute le Parc des Trois Fontaines !
Sources :
- https://rainne.natagora.be/documentation/atlas-des-amphibiens-et-reptiles
- Amphibiens de France, Belgique et Luxembourg - ACEMAV - Collection Parthenope, 2003
