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Le cimetière du Beukenberg

Extrait du Forestum nº80 - Cimetières

Qui le croirait qu’en ce lieu bon chic bon genre sous tous rapports, se cache en fait, dans les profondeurs du sol, l’ancien cimetière de Forest ! L’ancien cimetière ? Pas vraiment ! Disons : le cimetière forestois « de l’entre-deux », celui qui a suivi le cimetière primitif le long de l’église paroissiale de Saint-Denis, et qui a précédé le déménagement général vers Alsemberg…

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Le seul indice aujourd’hui serait, sans doute, la présence de deux anciens bistrots côte à côte dans une ruelle improbable, la rue Fontaine-Vanderstraeten, ces deux cafés étant totalement insolites sauf si, de fait, ils n’avaient existé pour d’autre raison que la consolation des familles au sortir des grilles du cimetière juste voisin.

Au 31 de la rue Fontaine-Vanderstraeten, admirez la devanture du café sur lequel régnait, jusqu’il y a peu, Juliette, et avant elle ses parents et leurs ancêtres sur 5 générations. Personnages forestois hauts en couleur, au verbe fort, aux opinions affirmées, à la sympathie irrésistible, qui ne sont pas sans rappeler par exemple… Bossemans et Coppenolle !!!

Juliette, bien connue des forestois d’aujourd’hui, était tenancière depuis 1973; elle officiait sous l’enseigne « la Barrique » : ce nom évocateur remplaçait l’enseigne du « Café du Merlo » plus adaptée à la neutralité que requérait le voisinage du cimetière.

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« La fenêtre la plus grande s’ouvrait sur le devant. En face, sur la pente, s’étalait un cimetière. Quand il s’agit d’un cimetière, et qu’il descend en pente, on dit que les tombes dévalent. On se trompe. Les tombes sont lourdes et d’ailleurs maçonnées. Même sur une pente, elles se tiennent immobiles comme les morts qui dorment en-dessous… ».

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C’était alors la campagne à Forest…

Au 33, comme de juste, une entreprise de monuments funéraires appartenant à Monsieur Dequenne complétait l’environnement adéquat de tout cimetière digne de ce nom. Il manque encore un fleuriste ? Il trônait au 41, à l’enseigne de « La Corbeille Fleurie », qui offrait aussi les services d’une « salle de réunion ».

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Enfin, au 27-29, l’auberge de « la Croix de pierre », toute proche de la gare de Forest-Est, accueillait les proches plus lointains -ou les voyageurs de passage à Bruxelles. Monsieur Pappaert, le propriétaire, portait le surnom de « Rosse Kobe », un beau rouquin probablement. Le croiriez-vous encore ? Baudelaire a résidé en ce lieu qu’il qualifia de « cabaret folâtre sur la route de Bruxelles à Uccle » dans ses célèbres « Fleurs du mal ». C’était alors la campagne à Forest...

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Jusqu’au milieu du XIXème siècle, Forest ne comptait guère qu’une moyenne de 22 morts par an, enterrés autour de l’Eglise paroissiale. Mais en 1868 l’autorité communale constate qu’il faut « tâtonner pour ne pas rencontrer d’anciennes dépouilles ». Du coup, le déménagement s’impose et les infrastructures sont mises en place dès avant 1881 (mur d’enceinte, maison du gardien etc…).

La bénédiction du lieu a lieu en 1886, et la Commune accepte, moyennant finances conséquentes, d’« héberger » des non-forestois, par exemple les saint-gillois aisés dont le cimetière communal est régulièrement inondé.

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Le succès est au rendez-vous : en 1898 et en 1907 le champ de repos s’élargit encore, la moyenne des décès atteignant 10 fois celle de 1850.

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En 1954, l’Echevin Berthelson imagine un projet de terrains sportifs (tennis, football, golf, plaine de jeux et… une pièce d’eau en prévision des canicules ! Déjà…) Mais ce projet très ambitieux se transforme en ce que nous en connaissons aujourd’hui, logements, stade Berthelson, salle de spectacle où l’on entend encore, dit-on, grincer « des squelettes et des emblèmes détestés » chers à Rimbaud…

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Pour en savoir plus:

-https://monument.heritage.brussels/fr/streets/11900028

-https://www.reflexcity.net/bruxelles/personnes-celebres/ecrivains/andre-baillon/avenue-fontaine-vanderstraeten-27-31-33

-https://urbanisme.irisnet.be/cartographie/bruciel

- « Par les rues de Forest », JP Vokaer, 1954, p87 et suiv., p98 et suiv.

- « Histoire de Forest », L. Verniers, 1949, p188 et suiv., p201 et suiv.

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Françoise Debatty
October 2026

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